“Au Panthéon des buzzwords”, la a dépassé « l’ubérisation » de 2015.
Avec son lot de qualificatifs : inamovible, infalsifiable, sécurisée, transparente, incorruptible…
Et sa batterie de chiffres : 1 Md$ investi en 2015, la valorisation d’Ethereum multipliée par 10 entre janvier et avril 2016 (700 M$). D’ici 2025, au moins 10% du PIB mondial seront enregistrés sur des plateformes .

Tout le monde en parle, même ma mère… :  « La blockchain serait une révolution aussi importante qu’internet ! »

# La blockchain, c’est une nouvelle technologie ? Un nouveau protocole ? Une base de données ?
« La blockchain est un grand livre, un registre ineffaçable, sécurisé, dans lequel on peut rajouter autant de pages qu’on le souhaite » (Jean Paul Delahaye). Tout ce qui est écrit ne pourra jamais être modifié, effacé et personne ne pourra le contester. Elle regroupe toutes les transactions/échanges effectués depuis sa création. Elle peut être publique (et ouverte à tous) ou privée (et limitée à un certain nombre de participants).
C’est une technologie, open source, de stockage et de transmission d’information, sécurisée, transparente et…

# Jusque là, rien de bien nouveau…
Ce qui en fait sa particularité, c’est que la blockchain fonctionne sans organe central de contrôle. Les données ne sont pas stockées sur un serveur unique, mais sur tous les ordinateurs de la blockchain.
C’est un système distribué, décentralisé. On parle de désintermédiation.

# Le système centralisé, c’est internet et tous ses sites. Le contrôle de l’information est délégué à une source centralisée. Nous sommes clients de ces services sans avoir de contrôle sur nos données. Les « nouveaux barbares » de l’économie digitale (AirBnB, Uber…) sont devenus nos tiers de confiance, de puissants empires.
La blockchain casse ce principe de serveur unique de contrôle, ce concentré de pouvoir et de valeur. Elle repose sur plusieurs ordinateurs, des nœuds, ayant tous le même niveau hiérarchique. Tout est public, transparent. Tout le monde peut vérifier ce qui s’y passe, ce que l’ fait avec nos données.

Pour fonctionner, la blockchain utilise la cryptographie, le chiffrement.

Le hashing assure l’immutabilité et la .
Cette fonction mathématique transforme n’importe quelle donnée numérique en empreinte digitale unique, en générant une suite aléatoire de chiffres et de lettres, le hash (ou digest), son ADN.
Le hash fossilise l’information et la redonne sans en révéler le contenu. A partir du hash, il est impossible de reconstituer la donnée initiale. «C’est comme un hachoir à viande. Une fois, haché, vous ne pouvez pas reconstituer votre steak.» (Cécile Monteil)

Pour garantir sa signature, son origine, la blockchain s’appuie sur le principe de chiffrement, avec des clés assymétriques, privée/publique.
Une clé privée est connue que par l’utilisateur, pour initier une transaction.
A cette clé privée, correspond une clé publique qui pourra être partagée. Elle sert d’adresse et désigne le destinataire.

Hash (empreinte digitale) + Clé privée/clé publique (signature digitale) = assurancede la provenance de l’information et de son intégrité

# Pourquoi parle-t-on de chaines, de blocs ?

La blockchain est une base de données (ou ledger, un grand livre de compte) dont la structure est composée de blocs, de containers numériques qui contiennent des informations (chaque nouveau bloc est une nouvelle page). Ces blocs sont chainés, ils sont reliés entre eux par leurs empreintes digitales.
Pour calculer le nouveau hash, on rajoute dans son empreinte digitale, le hash du bloc précédent et ainsi de suite…

Et c’est là que le système décentralisé prend tout son sens.
Ce registre numérisé n’appartient à personne, il n’est pas présent sur un serveur central mais sur tous les ordinateurs de la blockchain. Chacun garde une copie. Si on souhaitait modifier un bloc, il faudrait modifier toute la chaine et toutes les copies. Ce qui est impossible.

# S’entendre à 2, c’est compliqué. Comment des milliers de serveurs peuvent-ils tous se mettre d’accord ?
De nouveaux algorithmes, des protocoles, la puissance de calcul, apportent un consensus qui permet à plusieurs nœuds et à ses mineurs de se mettre d’accord.
Un consensus est nécessaire pour changer une ligne de code ou pour considérer le réseau blockchain comme sain. “Code is law”, le code est le contrat !

Quand on veut rajouter un élément, un problème algorithmique est posé à tous les utilisateurs de cette blockchain. Le mineur qui résout le challenge, gagne le droit de rajouter le bloc à la chaine et d’être rémunéré pour sa preuve de travail, avec un token (un jeton) ou une crypto-monnaie, comme le bitcoin.
(Le minage d’un bloc bitcoin est rémunéré 12,5 bitcoins.)

Le bitcoin, première blockchain.

Le bitcoin, créé en 2009 par « Satoshi Nakamoto », est la première blockchain (publique), le premier usage.
Cette crypto-monnaie est décentralisée, autorégulée et ne peut pas être modifiée. Monnaie peer to peer, elle peut s’échanger entre particuliers sans intermédiaire. C’est une monnaie déflationniste. Il en existe une quantité limitée dans le monde : 21 millions. (1 bitcoin est séparable jusqu’à 8 décimales). Elle est valorisée à plusieurs milliards de dollars.

Depuis, de nouveaux acteurs sont arrivés. Dont Ethereum qui souhaite rendre la blockchain accessible à tous, facilement programmable, pour créer tous types d’application. Sa monnaie, l’Ether, est la deuxième crypto-monnaie la plus utilisée. Ou Stratumn et son approche “plug & play” qui développe des templates faciles d’accès et d’utilisation.
Et de nouveaux procédés enrichissent la blockchain. Comme les Smart Contracts, les termes du contrat sont convertis en code, stockés dans une blockchain et le contrat est auto exécutoire. Ou la DAO (Decentralized Autonomous Organization). Ce programme intègre les règles de fonctionnement de la communauté.

# Quelles sont les utilisations de la blockchain?

La blockchain sert à stocker des données, les rendre facilement accessibles, d’en assurer la et la traçabilité. Elle concerne tous les services qui ont besoin de ne jamais être contestés, qui peuvent être cédés et prendre alors de la valeur (cadastres dans les pays en voie de développement, traçabilité des aliments, des médicaments, essais cliniques, workflow des documents…).
– Propriété intellectuelle : Verisart (certifie des œuvres d’art), Monegraph (protège les licences des artistes), Ujo Music – Imogen Heap (reconstruit le monde de la musique dans la blockchain, les artistes sont payés sans intermédiaire)
– Les diplômes de l’ESILV avec Paymium
– Mobilité et covoiturage : La’Zooz, plateforme de transport possédée par sa communauté
– Place de marché : OpenBazaar
– Slock-it rend les objets autonomes, « la future infrastructure de l’économie collaborative »…

Tous les secteurs s’emparent du sujet, tentent de comprendre, d’expérimenter.

Avec à leur tête, la finance. Toutes les banques y travaillent (dont la Caisse des Dépôts et son LabChain, un laboratoire d’innovation organisé avec 19 partenaires ou le groupement R3CEV).
Les compagnies d’assurance également. Les grands groupes s’y intéressent comme IBM (pour qui la blockchain est tout aussi prioritaire que Watson). Orange investit dans Chain (démocratise la blockchain pour toutes les transactions) et prend une avance sur l’IoT, l’Internet of Me.

La blockchain est lancée, avec comme dans les débuts d’internet, la certitude «du tout est possible», son lot d’interrogations (est-on prêt à cette utopie sociale basée sur une telle transparence d’égalité et de confiance) et ses faux départs.
Les résultats sont rares, certaines crypto-monnaies disparaissent, des projets s’arrêtent, 50 M$ ont été détournés de The DAO d’Ethereum…

Dans cette période d’expérimentation, la blockchain est encore difficile à appréhender et d’en imaginer tous les contours.

Une seule certitude, un nouveau paradigme est en marche !

Pour illustrer et comprendre le fonctionnement de la blockchain :

Supports de présentation de conférences/ateliers :

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